Selon les actes des apôtres

Selon les actes des apôtres
Eglise de Dampierre

mercredi 30 juillet 2014

Actes 4, 15-21 - Ils leur interdirent de parler au nom de Jésus


15 Les ayant fait sortir du sanhédrin, ils se consultèrent entre eux, disant : 16 " Que ferons-nous à ces hommes? Qu'un miracle manifeste soit arrivé par eux, la chose est claire pour tous les habitants de Jérusalem, et nous ne pouvons le nier. 17 Mais pour que cela ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de parler désormais en ce nom-là à qui que ce soit." 18 Et, les ayant rappelés, ils leur interdirent absolument de parler et d'enseigner au nom de Jésus. 19 Pierre et Jean, répliquant, leur dirent : " Jugez s'il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu; 20 car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. " 21 Après leur avoir fait des menaces, ils les relâchèrent, ne trouvant aucun moyen de les punir, à cause du peuple, parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé.

Commentaires :
« Ils leur interdirent absolument de parler et d'enseigner au nom de Jésus ». 2.000 ans plus tard, dans un siècle où le nombre de martyrs dépasse tous les siècles précédents, nous ne pouvons que prier pour ceux qui n’ont pas la liberté de vivre leur foi sereinement.


dimanche 15 juin 2014

Actes 4, 1-14 Par quel pouvoir ?


1 Or, pendant qu'ils parlaient au peuple, survinrent près d'eux, les prêtres, le commandant du temple et les Sadducéens, 2 fort mécontents de ce qu'ils enseignaient le peuple et annonçaient en Jésus la résurrection d'entre les morts. 3 Ils portèrent les mains sur eux et (les) mirent en prison jusqu'au lendemain, car c'était déjà le soir. 4 Cependant beaucoup de ceux qui avaient entendu le discours crurent, et le nombre des hommes devint de cinq mille environ. 5 Puis, le lendemain, leurs chefs, les Anciens et les scribes de Jérusalem s'assemblèrent, 6 ainsi que Anne le grand prêtre, Caïphe, Jean, Alexandre, et tous ceux qui étaient de famille pontificale. 7 Et les ayant fait comparaître devant eux, ils demandèrent : " Par quel pouvoir et au nom de qui avez-vous fait cela? " 8 Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : 9 " Chefs du peuple et Anciens, puisqu'on nous interroge aujourd'hui sur un bienfait (accordé) à un infirme, (pour savoir) comment cet homme a été guéri, 10 sachez-le bien, vous tous, et tout le peuple, d'Israël : C'est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts, c'est par lui que cet homme est présent devant vous en pleine santé. 11 C'est lui, la pierre rejetée par vous les constructeurs, qui est devenue tête d'angle. 12 Et le salut n'est en aucun autre, car il n'est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. " 13 Lorsqu'ils virent l'assurance de Pierre et de Jean, sachant qu'ils étaient des hommes sans instruction et du commun, ils étaient étonnés, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus. 14 Mais, comme ils voyaient debout, avec eux, l'homme qui avait été guéri, ils n'avaient rien à répliquer.

Commentaire :
La question de l’autorité a déjà été soulevée à propos de Jésus. Chez Jean, plus que chez les synoptiques, on trouve une insistance de l’évangéliste sur la personne de Jésus qui s’en remet au Père. Ici une translation s’opère, à la lumière du don de l’Esprit. Pierre ne revendique pas non plus l’autorité pour lui, mais « par le nom de Jésus-Christ de Nazareth ».
Ce n’est pas une manière de se défausser, mais bien dans la même ligne humble et discrète de celui qui n’annonce pas sa propre vérité ou sa propre puissance, mais bien celle qui vient de Dieu. On entre dans ce que j’appelle la « danse trinitaire ».

Commentaire 2 :
Les Sadducéens étaient parmi les juifs ceux qui s’opposaient le plus à l’idée de résurrection. Cf. Luc 20, 27-40
Pour aller plus loin :
- C. Hériard, Danse trinitaire, in « Àgenoux devant l’homme »

vendredi 30 mai 2014

Actes 3, 11-26 – Deuxième discours de Pierre


11 Or, comme il tenait Pierre et Jean, tout le peuple accourut vers eux au portique dit de Salomon, pris de stupeur. 12 Voyant cela, Pierre s'adressa au peuple : " Israélites, pourquoi vous étonnez-vous de cela? Et pourquoi tenez-vous les yeux fixés sur nous comme si c'était par notre propre puissance ou par notre piété que nous l'eussions fait marcher? 13 Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors qu'il était d'avis de le relâcher. 14, Mais vous, vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez sollicité la grâce d'un meurtrier. 15 Vous avez fait mourir le chef de la vie, que Dieu a ressuscité des morts : de quoi nous sommes témoins. 16 C'est par la foi en son nom que son nom a raffermi celui que vous voyez et que vous connaissez; et la foi qui (vient) par lui a donné à celui-ci, devant vous tous, cette parfaite guérison. 17 Et maintenant, frères, je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats, 18 mais Dieu a accompli ainsi ce qu'il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait. 19 Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, 20 de façon que des temps de rafraîchissement viennent d'auprès du Seigneur, et qu'il envoie le Christ qui vous a été destiné, Jésus, 21 que le ciel doit recevoir jusques aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé autrefois par la bouche de ses saints prophètes. 22 Moïse d'une part a dit : Le Seigneur notre Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi; vous l'écouterez en tout ce qu'il vous dira. 23 Et quiconque n'écoutera pas ce prophète sera exterminé du peuple. 24 Et, d'autre part, tous les prophètes, depuis Samuel et les autres à la suite, tous ceux qui ont parlé ont aussi annoncé ces jours-là. 25 Vous êtes, vous, les fils des prophètes et de l'alliance que Dieu a conclue avec vos pères, lorsqu'il a dit à Abraham : Et en ta postérité seront bénies toutes les familles de la terre. 26 C'est à vous premièrement que Dieu, ayant suscité son serviteur, l'a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de ses iniquités.

Commentaire :
Il n’est pas intéressant de comparer ce texte avec le premier discours de Pierre (Actes 2, 22-41). On retrouve un thème qui marque Luc, comme les premiers chrétiens : il y avait dans l’Écriture des choses annoncées. N’est-ce pas aussi ce qu’a montré Jésus aux pèlerins d’Emmaüs ? Ce discours est donc apologétique et s’articule comme une démonstration.
Commentaire 2 :
Peut-on tenir aujourd’hui un discours semblable ? Nos contemporains n’ont plus la culture qu’avait le monde juif. Ce qui marque le plus aujourd’hui : l’amour vécu et partagé. C’est donc plus l’actualisation d’Actes 2, 42-46 qui semble maintenant le signe.


jeudi 15 mai 2014

Actes 3, 1-10 – Le boiteux de la Belle Porte.


1 Or Pierre et Jean montaient au temple à l'heure de la prière, la neuvième. 2 Et il y avait un homme, boiteux de naissance, qu'on apportait et posait chaque jour près de la porte du temple appelée la Belle, pour demander l'aumône à ceux qui entraient dans le temple. 3 Lui, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, leur demanda l'aumône. 4 Mais Pierre, le fixant, avec Jean, (lui) dit : " Regarde-nous. " 5 Et il tenait (les yeux) sur eux, s'attendant à recevoir d'eux quelque chose. 6 Mais Pierre (lui) dit : " Je n'ai ni argent ni or; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, marche ! " 7 Et le prenant par la main droite, il le souleva. A l'instant les plantes de ses pieds et ses chevilles devinrent fermes; 8 d'un bond il fut debout, et il marchait, et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu. 9 Tout le peuple le vit qui marchait et qui louait Dieu. 10 Ils le reconnaissaient comme étant celui-là qui s'asseyait près de la Belle Porte du temple pour (demander) l'aumône, et ils furent remplis d'étonnement et de stupeur pour ce qui lui était arrivé.

Commentaire :
« Je n'ai ni argent ni or; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, marche ! » Donner ce que j’ai reçu. Tout un programme.
Commentaire 2 :
Premier miracle de Pierre, il souligne cette nouvelle force reçue de l’Esprit.


mardi 29 avril 2014

Actes 2, 42-46 – Un vivre ensemble


42 Et ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et aux réunions communes, à la fraction du pain et aux prières. 43 Or la crainte était dans toutes les âmes, et beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres. 44 Tous ceux qui croyaient vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun; 45 ils vendaient leurs terres et leurs biens, et ils en partageaient (le produit) entre tous, selon les besoins de chacun. 46 Chaque jour, d'un même cœur, assidus au temple, et rompant le pain à la maison, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, 47 louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la masse ceux qui étaient sauvés.

Commentaire 1 :
L’allusion à la fraction du pain note ici les prémices de ce qui deviendra l’eucharistie.

Commentaire 2 :
Luc dresse ici un tableau idyllique de la première communauté chrétienne. On trouvera, plus loin (Actes 5), comme dans les lettres de Paul (cf. notamment 1 Cor.), des descriptions plus contrastées. Doit-on revenir à cette vision idéale ? Ce serait oublier que l’homme reste faillible. Mais cette description donne une direction, une image du royaume que l’on peut contempler.
Si l’on ne manque pas de souligner aujourd’hui, à l’inverse, combien l'Église est « pécheresse*», on doit toujours affirmer, en tension avec ce premier prédicat, qu’elle demeure « sainte », c’est-à-dire « pardonnée » et en chemin vers l’idéal qu’elle porte en elle : être image de la communion à laquelle le Christ nous appelle.

* cf. notamment les textes de J. Moltmann, mais plus récemment certaines affirmation de notre pape.

jeudi 3 avril 2014

Actes 2, 22-41, Premier discours de Pierre


22 Israélites, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes; 23 lui, livré selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu, que vous avez fait mourir en le crucifiant par la main des impies, 24 Dieu l'a ressuscité, déliant les liens de la mort, parce qu'il n'était pas possible qu'elle le tînt en son pouvoir.

25 David, en effet, dit à son sujet : Je voyais, continuellement le Seigneur devant moi, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé.

26 C'est pour cela que mon cœur s'est réjoui, et que ma langue a été dans l'allégresse, et qu'aussi même ma chair reposera dans l'espérance : 27 parce que vous n'abandonnerez pas mon âme dans le séjour des morts, et vous ne permettrez pas que votre Saint voie la décomposition.

28 Vous m'avez fait connaître les chemins de la vie; vous me remplirez de joie par (la vue de) votre face. 29 Mes frères, il est permis de vous dire avec assurance du patriarche David, qu'il est mort, qu'il a été enterré et que son tombeau est encore aujourd'hui parmi nous. 30 Comme donc il était prophète et savait que Dieu lui avait juré par serment de faire asseoir sur son trône un fils de son sang, 31 voyant d'avance, il a parlé de la résurrection du Christ, (disant) et qu'il n'a pas été abandonné dans le séjour des morts, et que sa chair n'a pas vu la décomposition. 32 C'est ce Jésus que Dieu a ressuscité : nous en sommes tous témoins. 33 Ayant donc été élevé par la droite de Dieu et ayant reçu du Père l'Esprit-Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. 34 Car, David n'est pas monté aux cieux, mais il dit lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, 35 jusqu'à ce que j'aie fait de vos ennemis un escabeau pour vos pieds. 36 Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. " 37 Or, en entendant (cela), ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : " Frères, que ferons-nous? " 38 Pierre leur dit : " Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit, 39 car la promesse est pour vous, et pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, autant qu'en appellera le Seigneur notre Dieu. " 40 Et avec force autres paroles il donna son témoignage; et il les exhortait en disant : " Sauvez-vous de cette génération perverse ! " 41 Eux donc, ayant accueilli sa parole, furent baptisés; et ce jour-là s'adjoignirent environ trois mille personnes.

Commentaire :
Quel contraste entre le Pierre que l’on a connu lors de la Passion et cet homme qui prêche aux nations réunies et se fait l’apôtre du ressuscité ! Luc nous fait sentir que l’Esprit parle en lui et lui donne la force de dire…
Peut être pouvons nous en profiter pour voir (par un regard arrière) les grâces que Dieu fait en nous ou chez nos frères. Un chemin d'humilité, puisse qu'il conduit à reconnaître que nous ne faisons rien par nous mêmes.

mardi 25 mars 2014

Actes 2, 5-21 Pentecôte (suite)

5 Or il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs, hommes pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel.6 Ce bruit s'étant produit, la foule s'assembla et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler en sa propre langue.7 Ils étaient stupéfaits et s'étonnaient, disant : " Tous ces gens qui parlent, ne sont-ils pas des Galiléens? 8 Comment donc les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle? 9 Partes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, 10 de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et des contrées de la Lybie Cyrénaïque, Romains résidant (ici), 11 tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans nos langues les merveilles de Dieu. " 12 Ils étaient tous stupéfaits et ne savaient que penser, se disant l'un à l'autre : " Qu'est-ce que cela peut bien être? " 13 Mais d'autres disaient en se moquant : " Ils sont pleins de vin doux. " 14 Or Pierre, se présentant avec les Onze, éleva la voix et leur déclara : " Juifs, et (vous) tous qui séjournez à Jérusalem, sachez bien ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles.15 Ces hommes en effet ne sont point ivres, comme vous le supposez, car c'est la troisième heure du jour. 16 Mais c'est ce qui a été dit par le prophète Joël : 17 Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes.18 Oui, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. 19 Et je ferai paraître des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, de la fumée en éruption; 20 le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, le (jour) grand et éclatant. 21 Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »


Commentaire :
La longue description des peuples présents souligne l’universalité du symbole. L’Esprit dépasse les douze. Il est don pour le monde.
Commentaire 2 :
Quelle place donnons-nous à l’Esprit ? Certes, depuis notre baptême, nous avons reçu ce don de Dieu, souvent confirmé par un sacrement qui fait de nous des adultes dans la foi. Mais pour que le souffle réveille en nous sa puissance, il nous faut ouvrir des portes que nous maintenant souvent fermées : nos peurs, nos calculs… L’Esprit a besoin que nous mettions notre moi à l’écart, car il ne vient pas de nous, mais de Dieu.
Commentaire 3 :
Depuis quelques années, les mouvements issus du « Renouveau » ont remis la place de l’Esprit en lumière. Au-delà d’un risque de dérive subjective, n’y a-t-il pas là une voix, non exclusive, de rappeler la force de ce don de Dieu ?


dimanche 16 mars 2014

Actes 2, 1-4 Pentecôte

1 Comme le jour de la Pentecôte était arrivé, ils étaient tous ensemble au même (lieu). 2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. 3 Et ils virent paraître des langues séparées, comme de feu; et il s'en posa (une) sur chacun d'eux. 4 Et tous furent remplis d'Esprit-Saint, et ils se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait de proférer.

Commentaire :
« Tous ensemble ». Même s’il n’est pas exclu que l’Esprit se manifeste à un seul, il convient de contempler cette unité, premier signe d’une Église qui prendra corps dans une communion.

Commentaire 2 :
Un vent violent : on a ici un contraste avec le « bruit d’un fin silence » de 1 Rois 191, qu’il convient de méditer. De même, la présence du feu. Assiste-t-on là à une manifestation de force ? Une théophanie dans le sens des premières manifestations de Dieu raconté dans l’Exode. On pourrait le penser en première lecture. C’est oublier tout ce qui a conduit à cela : le retrait de Jésus, le silence, les 40 jours. Ici, si Dieu se révèle, ce n’est pas pour nous imposer sa présence, mais bien pour nous « remplir de l’Esprit ». Alors, peut-être faut-il excuser à Luc ce recours à une théophanie visible, pour exprimer ce qui sera paradoxalement l’invisible toute-puissance de Dieu. Car cela est aussi paradoxal que la gloire et la puissance de Dieu. Elle est, mais nous laisse libre d’y adhérer. Elle ne demeure pas vent violent ou feu pour nous contraindre, mais se fait « silence intérieur, appel de la conscience, souffle invisible,… ».

Commentaire 3 :
« Parler en d’autres langues » : Il y a là aussi une symbolique qu’il convient de méditer. L’Esprit ne parle pas avec nos mots, mais met en nous des langues, une expression différente, un jeu de vocabulaire qui dépasse notre propre système de pensée. Il y a là un chemin de décentrement qui devrait nous interpeller. Cela fait en tout cas résonner en moi la phrase de Paul : « J’aurais beau parler la langue des hommes, voire même des anges, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’une cymbale qui résonne ».


1 Cf. nos développements : Le bruit d’un fin silence, in « L’amphore et le fleuve ».

vendredi 14 mars 2014

Actes 1, 15-24 – Appel de Matthias


15 En ces jours-là, Pierre, se levant au milieu des frères — ils étaient réunis au nombre d'environ cent vingt personnes — (leur) dit : 16 " Frères, il fallait que s'accomplît l'Ecriture, que l'Esprit-Saint a prédite par la bouche de David au sujet de Judas, devenu le guide de ceux qui ont arrêté Jésus.17 Il était compté en effet parmi nous et il avait reçu sa part de notre ministère.18 Lui donc a acquis un champ avec le salaire du crime et, devenu enflé, il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues.19 Le fait fut connu de tous les habitants de Jérusalem, si bien que ce champ a été appelé dans leur [propre] langue Hakeldamach, c'est-à-dire champ du sang. 20 Il est écrit, en effet, dans le livre des Psaumes : Que sa demeure devienne déserte, et que personne ne l'habite ! Et : Qu'un autre reçoive sa charge ! 21 Il faut donc que, parmi les hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous, 22 à partir du baptême de Jean jusqu'au jour où il a été enlevé d'auprès de nous, il y en ait un de ceux-là qui devienne avec nous témoin de sa résurrection. " 23 Ils en présentèrent deux : Joseph, appelé Barsabas, qui était surnommé Justus, et Matthias. 24 Et ils firent cette prière : " Vous, Seigneur, qui connaissez le cœur de tous, indiquez lequel de ces deux vous avez choisi 25 pour occuper dans ce ministère de l'apostolat, la place dont Judas s'est retiré pour s'en aller en son lieu. " 26 Puis ils leur donnèrent des sortes, et le sort tomba sur Matthias, qui fut élu pour être avec les onze Apôtres.


Commentaire :
La citation du psaume 69 renforce le caractère solennel de la révocation de Judas et la convocation des justes.
« [...] devenu enflé, il a crevé par le milieu ». On retrouve les dégâts de ce que nous avons appelé le « culte du moi », au cœur de ces tentations qui nous guettent tous : « avoir,pouvoir, valoir ». Judas, malgré la sollicitude de Jésus, n’aurait pas résisté à ces tentations. Que cela nous serve d’avertissement. Le « centre » n’est pas en nous. Il est en Christ. Judas a cru que le royaume serait ailleurs. On ne peut que regretter le fait qu’ayant communié au pain, il n’est pas perçu le don du corps1.

Commentaire 2 :
« La place dont Judas s'est retiré pour s'en aller en son lieu ». De quelle place s’agit-il ? Une place parmi les 12. Cf. à ce sujet, l’appel des 12, Luc, 6-12-16. On retrouve ici, comme dans Lc 6, l’importance de la prière dans le choix des apôtres.


1 Cf. notre long développement dans À genoux devant l’homme à propos de Jn 13

mercredi 12 mars 2014

Actes 1, 12-14 – La chambre haute

12 Ils retournèrent alors à Jérusalem de la montagne appelée des Oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance du chemin d'un jour de sabbat.

13 Et quand ils furent entrés, ils montèrent à la chambre haute où ils se tenaient : Pierre et Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques (fils) d'Alphée, et Simon le Zélote, et Jude (frère) de Jacques.

14 Tous ceux-là, d'un même cœur, persévéraient dans la prière avec des femmes et Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères.

Commentaires :
Il est apparu, mais il est parti. Comme pour le tombeau vide1, il y a ici un entre-deux, qu’il faut d’autant plus contempler que c’est le temps du doute, de l’incertitude, et fait nouveau, de la prière.
C’est aussi celui d’une humanité qui refuse de se laisser habiter par l’Esprit. Il faut sentir la profondeur de ce doute pour percevoir combien il est marqué par la peur, le refus, l’ignorance ou la souffrance. Autant d’écueils que celui qui croit devra entendre et accompagner.

Commentaire 2
Ses frères : Frères, cousins, la traduction du grec « adelphos » peut laisser un doute… C’est encore un point de discussion chez les exégètes. Le mot servira autant dans le Nouveau Testament à qualifier un frère, un membre de la communauté chrétienne et le prochain2.


1 Voir sur ce thème les développements de J. Moingt, sj. déjà cité dans Chemins de miséricorde
2 Source : Dictionnaire grec-français, Alliance Biblique de Jérusalem

lundi 10 mars 2014

Actes 1, 9-11 - Ascension

9 Quand il eut dit cela, il fut élevé (de terre) sous leur regard, et un nuage le déroba à leurs yeux.

10 Et comme ils avaient la vue fixée vers le ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes, vêtus de blanc, se présentèrent à eux

11 et (leur) dirent : " Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui, d'auprès de vous, a été enlevé au ciel, ainsi viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller au ciel. "


Commentaires :
Dans notre méditation « L’amphore et le fleuve », nous avons longuement montré la récurrence de schème littéraire propre aux manifestations de Dieu. La comparaison de ce texte avec 2 Rois 2, qui voit le départ d’Élie est moins évidente. S’il n’y a plus de char de feu, on retrouve néanmoins cette élévation qui sépare l’homme du divin.

2 Rois 2 (extrait) :
11 Ils continuaient de marcher en s'entretenant, et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon.
12 Élisée regardait et criait: « Mon père! Mon père! Char d'Israël et ses cavaliers! » Et il ne le vit plus. Il saisit alors ses vêtements et les déchira en deux morceaux

Commentaire 2 :
Par contre, la présence des deux hommes vêtus de blanc nous rappelle l’épisode du tombeau vide (relire Lc 24, 4). Peut-être doit-on aussi, comme les pèlerins d’Emmaüs, retrouver ce cheminement qui part de l’explication des « choses du royaume » jusqu’à la disparition du Ressuscité, pour percevoir que les 40 jours décrits par Luc sont de cet ordre. Non un abandon pur et simple, mais une prise de distance, précédée d’explications et suivi d’un don.

Commentaire de saint Augustin :


Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s'éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu'il nous a promis ne s'est pas encore réalisé dans notre corps.
Il a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu'il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi :J'avais faim, et vous avez donné à manger.
Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l'espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu'il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l'amour, mais en lui.

Source : Sermon sur l'Ascension




vendredi 7 mars 2014

Actes 1, 4-8 – Une force, jusqu’aux extrémités de la terre


4 Comme il mangeait avec (eux), il leur enjoignit de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis, " ce que, (leur dit-il), vous avez appris de moi : 

5 que Jean a baptisé d'eau, mais que vous, sous peu de jours, vous serez baptisés de l'Esprit-Saint. " 

6 Eux donc, s'étant réunis, lui demandèrent : " Seigneur, est-ce en ce temps-ci que vous allez rétablir la royauté pour Israël? " 

7 Il leur dit : " Ce n'est pas à vous de connaître les temps ni les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.

8, Mais, lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'à l'extrémité de la terre. "


Commentaire 1 :
Pourquoi Jérusalem ? L’insistance doit avoir pour but, chez Luc, de situer la venue de l’Esprit sur Jérusalem « tête » de l'Église. On peut, 2.000 plus tard, arguer en citant un autre verset qui souligne que l’Esprit souffle où il veut. Mais Luc nous ramène au centre. Centre d’une tradition et source d’une communion. On peut y voir l’image d’Ezéchiel (Ez 47, cf. plus loin) et de ce fleuve qui coule du Temple. On peut aussi méditer sur l’importance de l’unité de l'Église, non comme une contrainte, mais comme une chance.

Ezéchiel 47 (extrait) :
1 Il me ramena ensuite à l'entrée de la maison [du Temple]. Et voici que des eaux sortaient de dessous le seuil de la maison, du côté de l'orient; car la face de la maison regardait l'orient. Et les eaux descendaient de dessous le côté droit de la maison, au midi de l'autel.
2 Il me fit sortir par le portique du septentrion et me fit faire le tour à l'extérieur, jusqu'au portique extérieur qui regardait l'orient; et voici que les eaux coulaient du côté droit.
3 Quand l'homme fut sorti vers l'orient, avec le cordeau qu'il avait à la main, il mesura mille coudées et me fit passer par cette eau: de l'eau jusqu'aux chevilles.
4 Il en mesura encore mille et me fit passer dans l'eau: de l'eau jusqu'aux genoux. Il en mesura encore mille et me fit passer: de l'eau jusqu'aux reins.
5 Il en mesura encore mille: c'était un torrent que je ne pouvais traverser, car les eaux avaient grossi; c'étaient des eaux à passer à la nage, un torrent qu'on ne pouvait traverser.
6 Et il me dit: " Fils de l'homme, as-tu vu? " Puis il me fit revenir au bord du torrent.
7 En me retournant, voici que j'aperçus sur le bord du torrent des arbres en très grand nombre, de chaque côté.
8 Et il me dit: "Ces eaux s'en vont vers le district oriental; elles descendront dans la Plaine et entreront dans la mer; elles seront dirigées vers la mer, et les eaux en deviendront saines.
9 Tout être vivant qui se meut, partout où entrera le double torrent, vivra, et le poisson sera très abondant; car dès que ces eaux y arriveront, les eaux de la mer deviendront saines, et il y aura de la vie partout où arrivera le torrent.

Commentaire 2 :
« Mais, lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'à l'extrémité de la terre. ». Une force torrentielle. L’image d’Ézéchiel prend ici son sens. La force inondera le monde « jusqu’à l’extrémité de la terre ». Certes nous ne voyons plus les preuves physiques de la présence du Ressuscité, mais il nous est donné de contempler un autre torrent, invisible, inaccessible, indescriptible, mais qui, dans sa discrétion, déplace les foules.

jeudi 6 mars 2014

Actes des apôtres 1, 1-3 – 40 jours


1 Théophile, j'ai raconté dans le premier livre tout ce que Jésus a fait et enseigné

2 jusqu'au jour où, après avoir donné, par l'Esprit-Saint, ses ordres aux apôtres qu'il avait choisis, il fut enlevé (au ciel).

3 C'est à eux aussi qu'après sa passion il se montra vivant, avec force preuves, leur apparaissant pendant quarante jours et parlant des choses du royaume de Dieu.

Commentaires :

Quarante. Le chiffre n’est pas neutre. Il renvoie aux quarante ans dans le désert comme aux 40 jours d’Élie (1 Rois 19). Un temps de préparation et de conversion. On se doute qu’il y a plus ici une symbolique qu’un fait historique. D’ailleurs chez Jean, le don de l’Esprit se fait plus vite. Les chemins de Luc sont propédeutiques.
Arrêtons-nous peut-être sur ces 40 jours d’Élie. Dieu n’est pas favorable au meurtre des prêtres de Baal (1 R 18), de même il n’est pas dans le tonnerre et le feu, mais ailleurs, dans une symphonie plus douce (1 R 19)… La tendresse de Dieu, nous glisse notamment Varone1 ne s’impose pas dans la foudre et le tonnerre, mais nécessite un chemin d’humilité du prophète qui découvre qu’il n’est pas seul, que sa voix doit se joindre au « reste », comme au chœur des anges.
L’épisode avec la veuve de Sarepta (1 Rois 17), où Élie est recueilli et nourri par une vieille femme, n’a pas suffi à la conversion de l’homme de Dieu. Il se croyait investi d’une mission et sur le mont Carmel (1 Rois 18), il est retombé dans son désir de puissance allant jusqu’à massacrer au nom de Dieu les prophètes de Baal. Était-ce le désir de Dieu ? Ce n’est qu’au bout du voyage que l’on comprend l’erreur d’Élie. En effet, et c’est une constante de l’Ancien Testament, Dieu n’oppose pas la violence à la violence. Il se tait. À l’exception de l’ange qui arrête le bras d’Abraham, ou celui qui retient Balaam, les récits dévoilent rarement le dessein véritable de Dieu.
Le chemin qui était tracé à Élie, n’était pas celui de la violence et de la gloire. Au bout du voyage (1 Rois 19), il a pris conscience, alors qu’il se croyait le seul et dernier juste, que 7 x 1000 hommes étaient bénis (7 = plénitude, 1000 = grand nombre2). Alors ce Dieu qu’il croyait dans le feu, lui est apparu dans la voix d’un fin silence3.

Commentaire 2 :
Revenons à Actes 1. N’est-on pas là aussi devant des hommes qui rêvaient de puissance et à qui le Ressuscité doit tracer un chemin autre ? Celui de l’absence et de la kénose. Alors le chiffre 40 s’éclaire. Il est invitation à une contemplation et une prise de recul sur le travail discret de Dieu pour l’homme.

Commentaire 3 :
Et nous ? Peut-être faut-il entendre, depuis l’affirmation du cardinal de Smedt au Concile, que notre chemin n’est pas celui d’un triomphalisme exubérant, mais bien celui de l’humilité, ce que nous appelons la kénose. Ce n’est pas nous qui savons, c’est lui qui « après sa passion [...] se montre vivant, avec force preuves, [...] et parl[e] des choses du royaume de Dieu »
Pour nous, que veux dire ces 40 ans au désert. Serait-ce le temps qu'il nous faudra pour arriver au plein détachement. A 53 ans, je dois avouer que mes 40 ans de désert ne sont pas à leur terme...

1 François Varone, in Ce Dieu censé aimer la souffrance, Apologique, Cerf, Paris, 1985, p. 27 à 44.
2 On n’est pas ici dans les 144.000 de l’Apocalypse (Ap. 7, 4), mais dans ce que Varone (cf. ci-dessous) qualifie de « Reste », les priants anonymes, chercheurs de vérité.
3 Cf. l’excellente analyse de François Varone, in Ce Dieu censé aimer la souffrance, Apologique, op. cit. ,p. 27 à 44 et nos développements dans « L’Amphore et le Fleuve »

Introduction à une lecture cursive des actes


Ce nouveau blog fait suite à la publication de « Chemins de miséricorde », une lecture cursive de l’Évangile selon saint Luc, d'abord publié sous forme de blog (et également accessible gratuitement sous epub). Après la lente contemplation de l’Évangile, il nous a paru intéressant de continuer sur la lancée. Un voyage au long cours, où l’on ignore ce à quoi une méditation de la Parole nous mènera.
Déjà, dans l’Évangile, nous avons progressivement abandonné l’explication de texte pour entrer en résonance et en contemplation avec le récit. Ici, nous poursuivrons dans cette lancée qui se veut plus « pastorale » et « spirituelle » que théologique ou exégétique. Comment, 2.000 ans plus tard, pouvons-nous réagir à l’histoire de l’arrivée de l’Esprit sur des hommes peu préparés et un peu désarçonnés par la résurrection de leur compagnon ? Quels écueils et quelles leçons pour notre monde ? Voici les questions de fond qui vont habiter ce texte.